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De l’émergence de la recherche par le design en France et l’intégration de l’empathie.

Voici un texte qui était prévu pour les publication de la Biennale du design
de St-Etienne 2013, mais qui n’a été publié parce que orienté recherche plutôt qu’innovation.

Si l’on devait synthétiser ici la pensée design, le processus de l’abduction
et la gestalt ou théorie de la forme en seraient probablement les caractéristiques essentielles. En effet, par la production d’objets intermédiaires, le processus design, abductif, projette des hypothèses, non pas tant pour les prouver justes que pour expérimenter, apprendre, animer, dialoguer, et faire l’expérience de. Ce faisant,
le design synthétise un jeu de qualités à travers la production de formes. Nous entendons ici par forme le concept d’un tout plus grand que la somme des parties qui le composent (gestalt). Ces qualités, d’abord expérientielles pour l’utilisateur, sont sensorielles, symboliques et pratiques. Leur portée est économique, sociale, culturelle, mais également écologique. Au delà des produits, ces qualités peuvent traiter des process, des services, des systèmes et leur cycles de vie.

En France, désormais, le design et la recherche fleurtent. Dans les écoles, l’EnsAD
et plus récemment l’Ensci, notamment, font collaborer des designers avec des chercheurs scientifiques, tel que cela se pratique depuis quelques années par ailleurs, dans les pays anglo-saxons en particulier. Mais, s’il est admis en recherche scientifique que l’abduction favorise l’émergence d’hypothèses, en n’opposant pas induction et déduction mais en les reliant dans un processus de connaissance, Bill Gaver distingue une spécificité à la recherche par le design. Dans son essai ‘What should we expect from research through design’1 Il présente celle-ci comme valorisant la possibilité et la pertinence d’une palette de réponses possibles à une situation donnée. Ce faisant, elle ne s’appuie donc pas sur le principe de réfutabilité de la recherche scientifique. Elle est donc dite métaphysique et par essence culturellement située. Ainsi, la recherche par le design peut produire des fictions (design fictions) pour porter à débattre et articuler des controverses, bref un espace des possibles.
Néanmoins, la recherche par le design, par sa nature même, se doit d’être collaborative et inclusive. Pour faire synthèse, elle se nourri des autres disciplines.

Dans les entreprises, chez Philips, Nokia, Apple, Samsung, Intel, Microsoft, notamment, la recherche par le design permet l’émergence du scénarios futurs et alternatifs à une recherche souvent par ailleurs trop utilitaire et déterministe. Elle permet de stimuler, de médier, d’intégrer, et rendre tangible les possibles effets.

La recherche par le design émerge en France. Et si l’on peut espérer qu’elle puisse prendre une place importante dans la conception d’un monde en profonde mutation, souhaitons que l’imaginaire du créateur, structurant encore l’essentiel
de l’enseignement du design en France, puisse être transcendé pour catalyser l’émergence d’une société plus empathique.
Si l’avenir semble radieux pour la discipline du design et en recherche en particulier, l’évolution de son rôle ne se fera pas sans la poursuite d’une évolution de son enseignement. Pour de la conception de nouvelles formes, qu’elles soient formes relationnelles, formes d’enseignement, formes de soin, formes de mobilité ou encore formes d’urbanisme, notamment, l’enseignement du design devra embrasser les enjeux du numérique, et surtout se nourrir des sciences développant l’empathie (sciences humaines et sociales, science de
la communication, du jeu, du management, notamment) pour porter son projet.

1. What should we expect from research through design, Bill Gaver, interaction research studio, University of London, CHI 2012, may 5-10, Austin, Texas, USA.

Je profite de cette publication pour remercier pour son invitation Isabelle Verilhac, organisatrice du forum Design & Innovation de la Biennale du design de St Etienne, et Charlotte Vilatte, pour la conduite du projet.